jeudi 16 janvier 2014

Je, ma tâche.


C'est avec bonheur que je me replonge régulièrement dans la Lecture minute ( 1977, et 1992 pour le texte français ), d'Herman Hesse, recueil de pensées et d'aphorismes passionnant, traduit par Jean Malapate chez José Corti, qu'un ami m'avait recommandé et donné prété.
Hermann Hesse, allemand puis suisse, sans doute, à côté de Thomas Mann son contemporain, l'un des plus grands écrivains de langue allemande du XXème siècle. Romancier, essayiste, poète, peintre, musicien, bibliophile extraordinaire, philosophe, véritable maître à penser de son temps, défenseur des droits de l'esprit, de l'individu, des défavorisés, des faibles, contre l'Etat, la société, la bourgeoisie, les politiciens de tout poil, l'école, la guerre. Il obtient en 1946 le Prix Nobel de littérature. Malgré une vue très faible, il s'est consacré des années durant à son immense correspondance, profitable à l'humanité, prônant le vrai, le juste, le beau, la connaissance et l'accomplissement de soi, le respect des vraies valeurs, au premier rang desquelles l'amour et l'art.
Ainsi, cet ouvrage, véritable panorama de la pensée de Hesse nous permet de contempler mille soixante-quinze citations réparties en quinze rubriques et tirés de textes d'origines les plus variées.

A petites doses, comme nous le rappelle justement l'épigraphe de l'auteur :
" L'aphorisme est comme une pierre précieuse dont la valeur croît avec la rareté et qui n'est un plaisir qu'à petites doses ", j'aurai plaisir à partager avec vous l'esprit de ce grand homme.


"La vie assigne à chacun une tâche différente, unique, et il n'y a donc pas d'inadaptation innée et prédéterminée à la vie; le plus faible, le plus pauvre peut mener une existence authentique et digne à la place qui lui est assignée et apporter quelque chose aux autres, simplement en acceptant cette place qu'il n'a pas choisie et en s'efforçant d'accomplir sa tâche particulière. Voilà l'humanité authentique d'où rayonne toujours quelque chose de noble et de bénéfique, même si celui auquel cette tâche incombe passe aux yeux de tous pour un pauvre diable avec lequel on ne voudrait pas changer de sort.
Oui ! Il faut dire oui à vous-même, à votre particularité, à vos sentiments, à votre destin ! Il n'y a pas d'autre voie. Où mène celle-ci, je n'en sais rien, mais elle conduit à la vie, à la réalité, à ce qui brûle et qui est nécessaire. Vous pouvez trouver le chemin insupportable et vous ôter la vie, chacun est libre de le faire : y penser fait du bien, même à moi. Mais échapper à votre route par une décision, en trahissant votre propre sens et votre propre sort, en vous ralliant aux " gens normaux", cela vous ne le pouvez pas. Cela ne saurait durer et vous plongerait dans un désespoir plus grand encore.
                                                                              *
Ce n'est pas une puissance extérieure aveugle qui joue avec nous comme d'une balle, c'est la somme des dons, des faiblesses, des hérédités que l'homme apporte avec lui. L'objet d'une vie qui ait un sens est d'entendre l'appel de cette voix intérieure et de la suivre de son mieux. La route serait donc la suivante : se reconnaître soi-même, mais ne pas vouloir se juger et se changer, rapprocher plutôt la vie de la forme que notre intuition nous en a dessinée."



23 commentaires:

  1. Merci de nous rappeler qui était Herman Hesse et bravo pour cette photo magnifique qui nous dit que le printemps n'est pas si loin...

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  2. Je ne voudrais rien louper mais pas le temps
    Reviens tout à l'heure...

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  3. J'ai quand même pris le temps de lire tout de suite et ne le regrette pas...
    Magnifique texte qui mérite d'être lu et relu ! Tout comme ton image est à contempler !
    Bisous mercis !

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  4. La vie é-moi...oui je la veux m'aime à je-nous...

    Merci de nous inviter à ta table...l'amour et l'art au menu!
    Câlinsss!!!

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  5. C'est un très beau billet, Veronica. Il m'est arrivé de lire des citations de ce merveilleux poète. Le texte est magnifique tout comme votre photo où les nuages semblent suspendu.
    Mes bisous!

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  6. Ecouter sa voix intérieure, un bien beau programme !!! Merci de nous parler de ce grand poète !!!
    Belle soirée Veronica !
    Bises en écoutant en direct les madrigaux de Monteverdi

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  7. ...S'éprendre à rêver, enroulée sur des pensées, des cils-anses, s'abandonner au bonheur d'Aime Haut qui chuchote en choeur... C'est se perdre en mère éveillée, en peaux-êtes penseurs dans des très-ors encor perdus.. et le miss terre avance et s'illumine dans les errances visionnaires.. et là je touche ton regard régalé par la phrase et l'hymne-âge ... j'apparais là soucieuse d'unir le mot à la photo échevelés de soleil, d'haie-toilée rutilante "d'un nouveau soleil"....
    mère si Veronica pour ce si beau billet du poète en partage... à lire et relire tant il est fort et profond... je vais revenir, je crois...
    bisous du soir.
    Den.

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  8. Plutôt que se changer à la force du poignet,
    se laisser modeler, jour après jour.
    Entrer dans une transformation
    offerte par la vie.

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  9. Hesse nous hisse vers des sommets sans nous assommer mais s'il se fait désirer il ne laisse pas à désirer et ne tient pas notre imagination en laisse

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  10. y a t il prédestination et la révolte contre cette assignation ne produit elle pas des effets parfois bénéfiques ?

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  11. Merci Véronica ...Je vais le découvrir au fond de l' âme...:-)
    Plein de baisers plume...

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  12. J'essaye toujours d'écouter ma petite voix intérieure… nous avons notre propre chemin et s'y n'est pas "calqué" à celui des autres… tant mieux ;-)
    Bisous, Lolo

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  13. Tu vas coller aux mûres, la vilaine qui l'ignore, pas bien, pas bien ça. C'est ma faute, ma très grande faute, j'avoue... J'aime bien tes tranches de poètes à se tordre le cou, du coup. ;) :)))

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  14. très beau texte...touchant à l'essence ciel....très actuel....un grand merci pour cette lecture partagée...Véronica...tendre Hesse...j'aime la photo...

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  15. Je pare-t'âge oh-sente-huppe ces valeurs d'âme et d'esprit !

    C'est fou comme voyage dans l'air une sorte de transmissions, de messages à grande vocation de coeur ........et nous vivons parfois des choses pour ne les comprendre que le lendemain !

    Hier soir en effet, j'ai vu un film qui m'a beaucoup interpelée. Il y était question d'une famille de 3 filles, dont deux épousaient parfaitement la mode et l'esprit de l'époque. Pour Anna par contre, la troisième, qui se permettait de dévorer une baguette entière, à peine sortie de la boulangerie, ou d'arpenter les rues en tenue ressemblant à s'y méprendre à un bleu de travail, il n'en était pas du tout de même !
    Elle n'écoutait pas "Salut les copains" et ne se passait pas de vernis sur les ongles des pieds comme les autres filles de son âge ! Elle préférait envahir en permanence son esprit et son être de mille et une questions sur le pourquoi de la vie, de la religion, de son existence .......
    Passionnée de contrebasse, elle décida un jour de passer le grand concours pour faire partie du groupe de "Jazz Band" le plus en vue du moment et, bien sûr, uniquement composé de "musiciens", effroyablement sexistes de surcroît !
    Son désir, pour l'époque, était autant inconcevable que révolutionnaire !
    Jouant sublimement et d'une façon des plus délicieusement originales, elle gagna cependant le concours. Dès cet instant, commença pour elle et au sein de son groupe un parcours meurtrissant !

    Elle était tout en rondeur, se souciant peu de l'esthétisme, portait des lunettes, des tresses, et (pour clore le tout) elle était juive.
    Un soir qu'elle se sentit au bout du rouleau, elle partit de chez elle, la contrebasse sous le bras, pour aller se réfugier chez son oncle qui, lui, comprenait ses colères et ses besoins de silence ........
    Après l'avoir écoutée, il lui dit "Ecoute, je suis juif, diabétique et homosexuel et je VIS ! Poursuis toujours ta route en étant fière de ton histoire, de tes rêves et de tes instincts. Et, si tu veux toujours rester TOI, surtout ne te retourne pas ....!"

    Je me suis endormie avec les mots merveilleux de cet oncle (magnifiquement interprété par Pierre ARDITI) qui mourut de sa maladie, peu de temps après, mais laissant une nièce prête à poursuivre le combat....Combat qu'elle gagna, aidée par un jeune garçon de la bande qui en tomba amoureux, subjugué par son courage !!!
    Je me suis réveillée avec les mêmes mots merveilleux en me disant "Mais oui, elle est là la vérité !". Je le savais certes déjà un peu mais là elle me parlait avec une force déconcertante !!!

    Et me voilà ici, sur ta page et ce texte d'Herman HESSE qui rejoint, main dans la main, ces mots ....Il n'y a pas de hasard !

    Que la vie est ...prodige-rieuse !!!!

    Immense bise en vent doux et léger : sabine.

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  16. Cette voie, sa voix aussi qui nous dit toute notre humanité, la sienne.
    Merci pour cet extrait qui fait penser et fait du bien.
    UN beso.

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  17. J'aime ton titre ( et les autres inclus, puisque ton jardin d'aime haut est toujours plein d'oiseaux bavards ).
    Je, ma tâche, je m'identifie à ma tâche en ce monde, je pose ma pierre. Ma tâche me structure, elle est la projection de moi vers l'extérieur, ma raison d'être, elle me dit au monde et m'invite à l'écouter aussi ce monde...
    Je, ma tache : mes taches à l'âme, mes blessures, mes cicatrices, mes failles, mes hontes, mon casier judiciaire non vierge... sont parties intégrantes de mon identité, de mon unicité, de ma richesse intérieure et de ce qui me rend attachante... pas la peine de gratter, de frotter comme des malades pour les enlever ces taches, ce serait se nier soi m'aime... les accueillir ces taches... même si on a le droit de les aimer moins que d'autres de nos facettes, même si on a le droit de les regarder telles quelles, comme des taches qu'elles sont... les accueillir, les lire le plus poétiquement possible ( certaines ont forme d'ange ), l'élire même, et puis créer autour, décorer autour pour les intégrer, pour qu'elles participent à la cohérence de notre construction intérieure...
    Et ainsi on passe au stade Je m'attache, à moi-m'aime, et cela me permet d'aimer mon prochain comme moi même, et de vivre des relations plus apaisées, sereines, belles et nourrissantes...

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  18. ton évocation me faisait penser à Curzio Malaparte

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  19. Sûre-aimant inspirée des lueurs de ton récit, une flamme est venue s'installer sur ma page ...pour y crépiter à jamais !
    Si, au détour d'une envie, ton instinct te menait vers elle pour t'y réchauffer, tu serais la bienvenue !

    Que ta nuit soit douce......Je m'assieds un moment près des fleurs....j'ai l'impression d'entendre chanter tout près un fin filet d'eau .....!

    Biiiiiiiise de vent léger : sabine.

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  20. Merci à tous, je vous ai lus avec plaisir et intérêt.
    Belle semaine à chacun d'entre vous !

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  21. Quelle belle méditation! Je crois que je vais recopier ces mots de Herman hesse...L'essentiel pour ne pas se perdre de vue est la vérité, la vérité à soi-même.. Mais,.je me demande pourquoi il est si difficile parfois de se ressembler...
    Et j'aime beaucoup ton titre et ta photographie...

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  22. J'aime beaucoup les aphorismes. Peu de mots, beaucoup de sens.
    Bonne journée.

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  23. " Il faut dire oui à vous-même, à votre particularité, à vos sentiments, à votre destin ! Il n'y a pas d'autre voie. "

    Une fois de plus, le papa de "Siddharta" dit juste, avec sa langue si précise. J'avais découvert il y a nien longtemps - fortement conseillé par un couple d'amis - l'un de ses plus fameux "romans philosophiques" publié en 1921 : ce fut un beau (sans doute trop bref) moment de réflexion et de quasi-intemporalité autour des mystères de cette incarnation qu'a vécue Gautama (jusqu'à son "illumination" ou plutôt son "éveil" : "Bouddha" enfin "éveillé" sous le banyan)... comme nous autres.

    "La route serait donc la suivante : se reconnaître soi-même, mais ne pas vouloir se juger et se changer, rapprocher plutôt la vie de la forme que notre intuition nous en a dessinée."

    Merci Véronica pour ce si bel - et pertinent - extrait de "La lecture minute" (dont personnellement j'ignorai l'existence jusqu'à cette plongée en ton espace) : un ami prêteur de pareilles merveilles est un ami précieux.

    Une Amitié renouvelée...

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Je recueille t'aime haut et te lis bien et beau ...
Merci pour ton charme en passage !