jeudi 9 janvier 2014

Aujourd'hui, j'ai repensé à mes arbres


Aujourd'hui, j'ai repensé à mes arbres ...

C'est la première fois depuis deux mois ... 
Sans doute à cause de ce petit air de printemps qui respire au jardin. On a le coeur dans les branches et les bras jusqu'aux feuilles sues par choeur. Oui, par le chant du vent, la couleur des mois, le tour des saisons qu'on a fait mille fois ( ou peut-être un peu moins, je ne compte pas bien ), dans le carré du coeur.
J'ai pensé à eux non pas avec tristesse mais avec ce pincement qu'on a quand, dans l'instant, on voudrait tenir, embrasser un être aimé mais qu'on sait que ce ne sera pas possible, que ce ne sera plus possible.
J'ai vu mon cerisier en fleurs, si grand, si beau à dix huit ans ! prêt à donner naissance à de suaves et croquants fruits rouges, c'est curieux je dis "mon" encore, alors que si heureuse de savoir que d'autres ont profiteront, pourront se cacher dans l'ombre dense et légère de Sophoro pour palabrer à deux les chaudes nuits d'été, pour pleurer aussi seule ( c'est plutôt les femmes qui se cachent sous un arbre pour pleurer, non ... ) tous les chagrins de vie.
J'ai senti le vent gracieux des trois bouleaux frères ( l'un deux, plus chétif, a toujours eu besoin des deux autres pour grandir, ils se sont faits à ce trépied de naissance, se sont accordés ... ) qui était ma cachette dans le petit coin d'angle, où je voyais plus loin.
Je me suis remplie de la couleur caméléone du majestueux liquidambar qui, fenêtre sur cure, a changé ma vaisselle en or de longues années durant et m'a donné d'écrire ( oui les yeux de contemple et l'aime hein dans l'Haut, mon service quotidien et mon pain de séjour ) ...
J'ai imaginé mon érable, nu de l'hiver, laissant passer Soleil en plein nuit de janvier et portant doux son ombre en tenue de juillet ... Mon bureau dominait et j'avais chaque matin un oiseau rare assis qui venait me saluer. Je veux dire un moineau, un qui d'âme corps beau, une mésange pleine ... 
Paul était si jeune encore, je pense moins à lui, ne me fais pas d'souci, il fera de beaux sucres, des abricots roussis, tout blushés de velours et bien tâchés d'amour que les enfants, précoces, guetteront dès le jour, en sautillant du nid.
Quant-au figuier central, unifère et mystère, ma "Blanche de Versailles" ( eh oui, le savais-tu ... ) avec sa basse-cour tout à portée de main,  et ses fruits de faim août, il me parle une langue si stable dans le ciel, je caresse ses veines en imagination, il est passeur ici, je connais bien ses reins ...

Pourtant, je suis heureuse d'être en chênaie ... En chêne et volontaire.
 Je regarde passer ce doux ressouvenir pour mieux le prolonger ...


Un heureux doux souvenir, 9 janvier 2014, Veronica B.


13 commentaires:

  1. Beau ! Quand on lit ça, on comprend la valeur sacrée des arbres ( qu'on ne peut traiter d'idoles ! ) dans tant de religions, et le lien avec d'autres bois...
    Janvier, c'est le temps de dire ses vœux et ce qui nous relie aux sèves d'ans tant, aux racines d'ah ! l'or ! ( qui le valent bien, autant que le Veau et Le Vau ), à ce qui nous branchait, nous branche et nous branchera... en savourant l'ombre de l'été qui n'est plus à ramasser, la lumière d'hiver au laissez-passer, les vacances bien méritées de la Nature... les chatons et les bourgeons ne sont que promesses et projets...

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  2. ...Qu'il est doux de penser à ce temps quand la mémoire ravive sa coule-heure, et se souvient de la brise légère qui en chant et joue avec les branches-âge des grands Arts-preux...
    J'ai vu sur l'étoile ton cerisier japonais je crois, porteur de drupes si charnues.... ton if, s'il était, se remémore-t-il le granit sur lequel il grandit ?... le mien, l' ive vert en Provence, à l'entrée des maisons, souhaite la bien venue au premier quidam qui passe...et le salue !
    tes bouleaux frérots, ton liquidambar flamboyant briller tant à la belle saison, se charger des teintes mordorées, donner le spectacle au jardin près de l'érable tout nu (ho !), tes oiseaux chanteurs et les autres, tes fruitiers goûteux... je ne doute pas que sème haut perpétue et poursuive dans le temps et l'espace avec bonheur les plus doux sentiments...
    et j'aime demande, comme Paul Valéry : "la veille armoire en chêne se souvient-elle du temps où elle avait des feuilles"....
    Mère si Âmie Veronica pour ce redoux printanier dans l'air et sur la page du souvenir aimant. que je vois passer là..... Bisous.
    Den.
    Bisous

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  3. C'est à cause des arbres que j'ai naguère refusé de déménager... Et puis il y a eu tempêtes, maladies, pollution...
    Mon si beau pommier est tombé, mais de la souche est né un rejet que j'entretiens. Il a un beau port déjà ; il va falloir le greffer et je ne sais pas... L'autre est malade et je ne sais pas si on pourra le sauver...
    Pour toi, à année nouvelle, nouveau jardin, arbres nouveaux... une aventure commence et elle sera heureuse... rien ne dure, tout renaît...
    P

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    1. On ne peut pas oublier "ses" arbres mais je te fais confiance pour en adopter d'autres que tu sauras chérir comme il faut !!!
      Au pied de tes nouveaux arbres tu sauras reprendre la conversation où tu l'avais laissée avec les autres, là-bas...
      Belle journée à toi !

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  4. Comme je te comprends...on n' oublie jamais ceux que l' on a aimé même si d' autres viennent te combler...Je n' ai jamais oublié mon saule , tu sais, celui qui s' est cassé les branches sur son miroir...
    Son tronc arrasé me parle toujours de lui ...sans parler de son ombre qui toujours raconte..!!
    Bisous Ma Véro

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  5. Cadeau virtuel pour toi:
    http://laussibelle.blogspot.ca/2014/01/michala-gyetvai.html

    Câlinsss!!!

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  6. c'est si joliment écrit, plein de tendresse et d'émotion !
    j'ai dégusté !!

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  7. Quelle chance d'avoir eu tant d'arbres.... et d'en avoir encore...
    Bonne semaine.

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  8. Merci mes âmies, j'aime vous lire.
    Les arbres dans mon coeur se portent bien, et les autres aussi.

    Je vous souhaite une belle semaine !

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  9. Coucou ma chère veronica. J'aime ton billet sur les arbres et veille comme une maman sur les miens. (Sourire) Je t'embraase

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  10. Oh non, veronica, l'être aimé reste toujours présent à nos côtés (crois-moi !), où qu'il soit !!!

    Tes arbres chéris continueront à jamais de t'inspirer, de te nourrir de leurs saveurs et de leurs senteurs ; preuve ici dans le reflet de ces mots mère-veille-eux ...........

    Je TANT et temps-brasse haie de mille fleurs et d'oiseaux : sabine.

    Que cette année tout juste éclose continue à être ce splendide voyage fait "d'haies-peace" inoubliables : sabine.

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  11. Bonjour ma Véro,

    Heureuse d'être passée à l'année nouvelle, pleine de petites graines à semer pour qu'au printemps de jolies fleurs renaissent dans nos jardins...

    Je t'embrasse fort.

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  12. Moi aussi je regrette souvent le temps où le fond du jardin était presqu'une forêt mais ces arbres devenus trop grands menaçaient les toits voisins alors il a fallu en couper plusieurs qui désormais accueillent des sculptures sur leurs troncs coupés, un hommage et une deuxième vie.

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Je recueille t'aime haut et te lis bien et beau ...
Merci pour ton charme en passage !