mercredi 13 juin 2012

Les sans-papis

à Marcel B ( 1899-1986 )
à Jean-Marie M ( 1911-1977 )

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Tu m'as laissée, papi, moi je ne t'ai pas eu ...
Je me sens sans-papi ...


... Avez bien existé, ancêtres de mon sang, deux grand-pères "mâles connus", vous étiez mis lit- taire, mais pas dans l'art ... mes grand-papas, je crois, car on n's'est pas connu, bon sang, oui bonne mère ! Qu'avez-vous donc fous, tu pour laisser une fille, une petite fille qui voulait vous aimer ...
On ne se parlait pas, moi je n'en savais rien !
S'asseoir sur vos genoux, écouter votre histoire,  papouiller vos moustaches, connaître vos secrets de femme, y mettre tout mon rang et rire à toutes dents !  Tu m'aurais consolée ... L'un houle autre, l'un aile autre.


Je suis là, sans papi ...


Je savais tes sabots et tes bottes de guerre, tes oignons et tes choux, tes pommes, tes artichauts, ta couverture de laine , tes ordres, ton air sévère, ô toi le Commandant, tes gros yeux de fessée, j'étais toute petite et mon coeur battait flore, pourquoi tant de souffrance en mon corps de fleur, de peur et de chagrin quand devais vous croiser, à toi la bise fraîche et l'odeur du fumier qui flottait dans ton champ, à toi le baise-main et le cuir glacé de tes longs catho- gants ...


Il me reste des riens, quatre yeux bleus de beaux hommes dans l'âge, deux pantalons trop courts, un sourire peut-être, les veines d'une main ...
et l'or de vos unions, deux alliances trop grandes, que je regarde, hagarde ...



                                                Servanne-V, Là où l'enfonce demeure, 13 juin 2012.



18 commentaires:

  1. J'ai connu mes deux grands-pères mais les relations de tendresse pour un grand-père n'était pas de mise en ce temps là. Notre fils comme toi, n'a pas connu ses deux papis. Nous lui avons donné en deuxième et troisième prénom le prénom de ses grands pères; en signe de tendresse et pour que le meilleur d'eux mêmes l'accompagne et le protège sur sa route.
    Emouvante tu es, Véronica ! Merci !

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  2. Belle et touchante chanson, émouvant billet doux...
    et magnifique ce titre en terre y est, en profondeur de racines,
    en sole cabossée... quand même le granit se soulève...
    "Là où l'enfonce demeure"

    Je n'ai connu que le rigide mât terne elle, qui a terni les souvenirs d'enfance de ma mer, mais l'a menée, par réaction et vents contraires, au havre haut en cool heures de mon père-port qu'elle est allée rejoindre et épouser aux antipodes, en rade de Sydney...

    L'autre, le pas terne aile... ce que j'en sais, c'est comme il savait s'envoler, s'échapper de la cage conjugale et janséniste... faisait démarrer les trains et rêver ses enfants de lointaines contrées...un prénom de paradis qu'elle lui avait interdit...
    Quand je déguste un verre de Monbazillac, je pense à lui... sucré doré...

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  3. Billet sublime parmi tant d'autres ... J'en ai beaucoup à rattraper je crois. Ravie de venir me poser dnas ton jardin lumineux.
    je t'embrasse

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  4. Souvent j'allais lui faire un bisou sur la photo de sa tombe ....je me souviens encore des moindres détails de son visage !
    Elle ressemblait étrangement à Barbara, la chanteuse, avait un regard fort, de caractère, et j'avais d'elle, paraît-il l'odeur des cheveux .............C'était ma grand-mère maternelle, emportée très jeune d'un cancer des os après s'être cogné le coude contre une machine et souffert le martyre !
    Elle travaillait en usine, comme une forcenée, ressemelait aussi les chaussures, jouait aux cartes jusqu'à très tard dans la nuit, aimait par-dessus tout les violettes, le violon et ...la vie !
    Née sur une terre modelée par la force des vents et des caprices de la mer , le Finistère, elle avait déjà la trempe d'une femme de marin dès le plus jeune âge, élevant ses frères et soeurs et les protégeant d'un père ostrogoth, marin au long cours.....
    Quand mon fils s'est envolé, en octobre 2008, ma soeur a retrouvé un de ses chapelets et, sans le chercher vraiment, le parterre que nous avons fait pour lui autour de notre arbre à paroles regorge à présent de violettes (offertes spontanément par une amie !)

    Tu vois, servanne, tout se retrouve en nous, rien ni personne des êtres qui nous sont chers ne se détache de nos racines, ne se rompt du fil lumineux de notre être ..........

    Je ne pensais pas t'écrire tout ceci, pardonne-moi, sans doute tes mots qui, une fois encore, m'ont touchée dans la chair !

    Ton écrit résonne, embaume, crie, chante et pleure tout à la fois...
    Un jour, il faudra aussi que (comme tu l'as si prodigieusement fait) ...je lui écrive !
    ........pour ne pas rester vainement là, le coeur sans mamie !

    MERCI ......

    Je t'embrasse : sabine.

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  5. J'aime aussi et éperdument le violon et ........Barbara !
    Il suffit ...d'un souffle, un son, le parfum d'un mot, l'écho d'une voix pour nous souvenir de ce que nous sommes vraiment .....!
    Que ta soirée soit douce, sculptée d'étoiles et d'infini : sabine.

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  6. J'ai trouvé très beau ce texte où l'humour conduit à l'amour. Les grands-parents, connus ou inconnus, nous accompagnent toujours, je crois

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  7. Grands-parents de coeur ou lorsqu'on se rend compte trop tard de toutes les questions et non-dits restés en suspens.
    Un beau texte.

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  8. Mes parents, mes tantes et oncles m'ont toujours dit que mon grand-père paternel était une crème d'homme. Il était secrétaire général à la mairie de Genève dans les années 1930. Il était connu comme le loup blanc. Il aidait les plus démunis. Malheureusement, il est décédé un an avant ma naissance. Il souhaitait tant avoir une petite-fille...
    Et moi je regrette de ne pas l'avoir connu, j'aurai tant voulu m'asseoir à côté de lui et lui me racontant la vie et moi lui toucher ses moustaches!
    Ainsi va la vie, n'est-ce pas Veronica... Il ne me reste que des photos.
    Merci de votre magnifique billet
    Mes amitiés avec tendresse.

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  9. Je n'ai connu et si peu, malheureusement, qu'un grand-père. La tendresse de ses aieuls manque à l'enfant que l'on garde en soi... J'ai presque échappé aux larmes hier, mais ici, pas ce soir. ♡

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  10. Nous sommes dans le même cas sauf que j'ignore si j'aurais aimé mes deux grands-pères... Mais toi, Servanne, tu as encore ton coeur de petite fille et je reçois ta confidence entre les lignes et à l'intérieur des maux.
    Allez, pense à ton anniversaire, tu es belle et vraie comme une fleur. Bisous. Suzâme

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  11. Oui, un papi, une mamie, aident le petit bout, l'adolescent à se construire à travers l'affection paisible, la transmission des savoirs et les récits qu'ils savent si bien faire du passé, de la famille ou plus largement de leur métier ou de morceaux d'Histoire ... Autrefois, certains papis parlaient peu; maintenant les relations sont à mon avis un peu plus simple entre générations, alors il faut apprendre à devenir de bons papis et mamies pour les enfants à venir. Pour ne pas qu'ils soient sans papis et sans histoire !...

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  12. voilà longtemps que je ne suis pas venue au jardin d'Aime Haut...
    tu as écrit un superbe texte.....tes deux papis auraient aimé le lire...mais je suis sûre qu'ils voient tous ces mots....
    Moi je n'ai plus de papis, ni de mamies, ni de papa, ni de maman...
    Je suis orpheline.... mais c'est triste....
    Bises Servanne

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  13. Un mot d'Aime-haut : la quintessence des mots qui jouent à cache-cache. Des mots qui se présentent, qui se pavanent, qui se retournent et se croisent pour se charger des sens nouveaux. Des mots en trompe l’œil, des mots en cachette, des mots en farandole.
    Au fond, l'image dans un halo, dans un brouillard, d'une très belle femme qui ne veut que se laisser deviner. L'image cachée, comme le mot, l'image derrière l'image. La place à l'imagination.
    Alors quand de tels mots, viennent, papillons de lettres se poser sur votre blog...comment ne pas se laisser aller au bonheur ?

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  14. J'aurai bien aimé aussi connaître l'amour d'un grand-père, hélas. Mais bon, j'ai connu mes deux grands-mères.

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  15. Emouvant! Grâce à ces phrases poétiques, ils vivent encore dans la plume d'une petite fille qui sait manier les mots et les maux.

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  16. Un bel hommage aux "sans", les beaux souvenirs d'enfance, les belles racines, les beaux partages, les belles transmissions, les belles rencontres à jamais ratées, si j'ai peu connu mes papis, j'ai le souvenir d'un brave pépé qui jouait de l'accordéon, ses doigts déformés par l'arthrite et son travail à l'usine il était aussi un peu horloger à ses heures....il aimait entendre les enfants rire et chanter, d'ailleurs tous l'appelaient pépé....

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  17. Je n'ai connu qu'un seul de mes grands-pères, et malheureusement, nous sommes passés à coté l'un de l'autre sans nous trouver et sans arriver à nouer une relation... idem avec ma grand-mère... aussi je privilégie beaucoup les relations de mes enfants avec mes parents et ceux de leur papa, parce que c'est important, et qu'un jour sinon ça va leur manquer...

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Je recueille t'aime haut et te lis bien et beau ...
Merci pour ton charme en passage !